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Quels sont les meilleurs indicateurs de valorisation ?

En bourse, les indicateurs de valorisation vous permettent de savoir si une action, un marché ou une classe d’actifs est « sous-évaluée » ou « surévaluée ».

  • Un marché est jugé « bon marché » lorsqu’il est « sous-évalué ». La sagesse conventionnelle affirme que les investisseurs et les traders préfèrent acheter ces actifs parce qu’ils sont « sous-évalués ».
  • Un marché est jugé « cher » lorsqu’il est « surévalué ». Dans ce cas, la sagesse conventionnelle affirme que les investisseurs et les traders préfèrent vendre ces actifs parce qu’ils sont « surévalués ».

Ce concept n’est pas seulement utilisé par les investisseurs de type « value » comme Warren Buffet. Les traders de renversement et contrarien fonctionnent avec la même logique qui stipule que les valorisations élevées doivent « retourner à des niveaux normaux ».

  • Les actifs dont les prix sont « surévalués » sont censées baisser, afin de réduire leur niveau de valorisation.
  • Les actifs dont les prix sont « sous-évalués » sont censées augmenter afin d’augmenter leur niveau de valorisation.

Mais il y a un point que de nombreux traders et les investisseurs ne réalisent pas:

La valorisation ne peut être utilisée que comme un indicateur de très long terme. Il ne peut pas être utilisé comme indicateur à moyen terme pour timer le marché.

  1. Lorsque les valorisations sont « élevées » (trop chères), le rendement futur prévu pour les 5 à 10 prochaines années est relativement faible.
  2. Lorsque les valorisations sont « faibles » (bon marché), le rendement futur prévu pour les 5 à 10 prochaines années est relativement élevé.

Cependant, les rendements futurs du marché sur 1 à 2 ans n’ont presque aucune corrélation avec les valorisations. Par conséquent, vous ne devriez pas être haussier sur une valeur simplement parce qu’elle est « sous-évaluée » et vous ne devriez pas être baissier sur une valeur simplement parce qu’elle est « sur évaluée ». Le niveau de valorisation ne peut pas être utilisé pour timer le marché. Or le timing est le plus important lorsque vous tradez ou investissez.

Corrélation entre les rendements futurs du S&P 500 et le ratio Shiller P/E

Voici un exemple, en utilisant l’indicateur de valorisation de la « capitalisation boursière / PIB des États-Unis ».

Indicateur valorisation Capitalisation boursière / PIB

Vous pouvez clairement constater la faille dans cet indicateur de valorisation : il n’est pas utile pour définir les sommets des marchés haussiers. En se basant sur cet indicateur, les valorisations sont « extrêmement chères » depuis 1994. En 1995, le S&P 500 côtait à 450 points. Quiconque est resté en dehors des actions parce que cet indicateur indiquait que le « marché boursier est surévalué » aurait manqué des gains considérables (Le S&P 500 a été multiplié par plus de 6 depuis).

Voici d’autres indicateurs de valorisation couramment utilisés. Le ratio Q de Tobin est celui que je préfère.

Ratio Q de Tobin

Le ratio Q de Tobin est le ratio entre la capitalisation boursière divisé par la valeur de remplacement du capital fixe. Le « coût de remplacement » est relativement proche de la « valeur comptable » (book value).

En théorie, un ratio au-dessus de 1 (surévalué) signifie que l’entreprise/le marché à tout intérêt à investir davantage pour augmenter son capital fixe.

Le « coût de remplacement » est un concept simple, mais incroyablement difficile et laborieux à calculer. C’est pourquoi la Réserve fédérale calcule ce chiffre une fois par trimestre dans les comptes financiers Z.1 des États-Unis. Ce nombre est généralement publié deux mois et demi après le trimestre terminé.

Le ratio Q de Tobin ressemble à ceci:

Ratio Q de Tobin

Le Q de Tobin est sans doute le meilleur et le plus complet indicateur de valorisation pour le marché boursier américain. Il prend en compte les actifs de production des sociétés américaines, ce qui n’est pas le cas du ratio P/E.

Le Ratio Q de Tobin fluctuait au sein d’une fourchette bien définie de 1900 à 1994. Depuis, la fourchette de valorisation s’est déplacée vers le haut, ce qui est arrivé à chaque indicateur de valorisation.

Ratio P/E du S&P 500

Il y existe deux ratios Price / Earnings (P/E) du S&P 500 :

  1. Le ratio P/E « forward » (sur 12 mois). Ce ratio divise la capitalisation boursière du S&P 500 d’aujourd’hui par les bénéfices prévus dans 1 an des entreprises du S&P 500.
  2. Le ratio P/E « trailing » (de 12 mois). Ce ratio divise la capitalisation boursière du S&P 500 d’aujourd’hui par les bénéfices des entreprises du S&P 500 générés depuis 1 an.

Le problème avec le ratio P/E du S&P 500 est que, contrairement au ratio Q de Tobin, n’a pas de pics et de creux clairement définis. Comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessous, il est compliqué de trouver une « résistance » commune aux sommets. Le marché boursier peut être « surévalué » pendant une longue période.

Ratio P/E S&P 500

Cet indicateur d’évaluation a un autre problème. Les valorisations devraient baisser dans un marché baissier parce que le marché est en baisse et les valorisations devraient augmenter dans un marché haussier parce que le marché est en hausse.

Or parfois, le ratio P/E monte dans un marché baissier! Pourquoi ? Parce que les bénéfices des entreprises baissent plus rapidement que la capitalisation boursière du S&P 500.

En se basant sur cet indicateur, le marché boursier serait de plus en plus « cher » dans un marché baissier. Quiconque évite les actions à cause de cet indicateur manquera le rebond du marché.

Le ratio P/E « forward » du S&P 500 présente un problème similaire.

Ratio P/E forward S&P 500

Par conséquent, cet indicateur de valorisation est moins intéressant que le ratio Q de Tobin.

Capitalisation boursière en % du PIB nominal

Cet indicateur est sans doute l’un des indicateurs de valorisation les moins utiles.

Ratio Capitalisation boursière / PIB

Pour commencer, la « valorisation » est censée être la division entre le prix du marché et la « valeur » du marché. Pourquoi introduire une troisième variable comme le PIB ?

Le marché boursier et le PIB évoluent dans la même direction sur du long terme, mais pas à la même vitesse. De plus, les sociétés américaines sont devenues beaucoup plus rentables au cours des 30 dernières années, ce qui explique la hausse de cet indicateur de valorisation sur le long terme.

Enfin, cela ne sert à rien de savoir que la capitalisation boursière a atteint 75% du PIB. La capitalisation boursière de Hong Kong en % du PIB est proche de 300%!

Mais le plus gros défaut de ce ratio est qu’il ne prend pas en compte que les entreprises américaines tirent de moins en moins leurs revenus de l’économie américaine. Une part de plus en plus importante des bénéfices des entreprises américaines provient de l’étranger (actuellement environ 50 %). Cela signifie que si la croissance économique des États-Unis ralentit au cours des prochaines décennies, la croissance des bénéfices des entreprises américaines ne ralentira pas forcément autant que l’économie parce que les économies des pays en développement continueront de croître à des taux beaucoup plus élevés. Les bénéfices des entreprises américaines bénéficieront de taux de croissance plus élevés dans les économies étrangères.

S&P 500 par rapport à sa tendance de régression linéaire

C’est sans doute le pire indicateur d’évaluation parce qu’il ne mesure pas du tout le niveau de valorisation.

Sur du long terme, le S&P 500 est en hausse de 7 à 8% par an. Donc cet indicateur ne fait que tracer la tendance du S&P 500 (inflation ajustée) soit une hausse de 7 à 8 % par an…

Régression linéaire du S&P 500

L’idée derrière cet indicateur est que lorsque le marché est au-dessus ou en dessous de sa ligne de tendance de long terme pendant trop longtemps, il finira par revenir à sa ligne de tendance.

Mais comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessus, le marché peut être au-dessus ou en dessous de cette ligne de tendance de régression pendant une très, très longue période (1-2 décennies). Par conséquent, il ne peut pas être utilisé pour prévoir les sommets des marchés haussiers ou les creux des marchés baissiers !

Cet indicateur d’évaluation est inutile parce qu’il suppose simplement que le S&P 500 augmentera de 7 à 8% par an. Or cela est une moyenne. Le S&P 500 progresse beaucoup plus que 7-8% par an ou beaucoup moins. En aucun cas le S&P 500 progresse de 7-8% chaque année.

Enfin, la performance à long terme de l’indice pourrait être plus élevée ou plus faible à l’avenir en fonction d’un certain nombre de facteurs :

  1. Les taux d’intérêt à long terme. Les taux d’intérêt ont été beaucoup plus bas au cours des 30 dernières années que les 30 années précédentes.
  2. La rentabilité des entreprises américaines. Les marges bénéficiaires des entreprises américaines ont constamment progressé au cours des 30 dernières années.
  3. L’appétit des investisseurs pour les actions. Le concept d’investir dans les actions n’était pas vraiment répandu jusqu’aux années 1980. Avant cela, les investisseurs particuliers avaient davantage tendance à placer la plupart de leurs économies dans des obligations.