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Coronavirus : 4 indicateurs à surveiller pour mesurer la reprise de l’économie américaine

Début avril, j’expliquais dans un papier pourquoi cette crise était différente des autres. J’avais mis en perspective l’arrêt soudain des activités économiques dû aux mesures de confinement.

Dans cet article, je vais vous lister les 4 indicateurs qui me semblent les plus pertinents pour mesurer la vitesse de la reprise de l’économie américaine, car elle ne retournera pas à 100% de sa pleine capacité du jour au lendemain.

1) Les inscriptions aux allocations chômages

Jamais les Etats-Unis n’ont connu autant de licenciements. Du 14 mars au 25 avril, c’est plus de 30 millions d’américains qui ont demandé des allocations chômage. Sur ces 30 millions, une vingtaine reçoit des allocations chômage. A titre de comparaison, le nombre maximum de chômeurs lors de la grande crise financière de 2008 était de 6,6 millions.

Bien que tragique, cette situation devrait rapidement s’améliorer et une grande partie d’entre eux devraient retrouver leur ancien emploi les semaines après le déconfinement. Le renouvellement des demandes aux allocations chômage est l’un des cinq indicateurs à surveiller pour mesurer la reprise de l’activité économique.

Inscriptions aux allocations chômage Etat-Unis

2) Le trafic aérien

Le second indicateur à surveiller sera l’évolution du nombre de passagers aériens aux Etats-Unis. Le graphique ci-dessous montre le nombre de passagers aériens chaque jour aux Etats-Unis depuis le 1er mars (en rouge) et lors de la même période l’année dernière (en noir). Les données proviennent du site de l’agence nationale américaine de sécurité dans les transports (Transportation Security Administration).

Au 3 mai, le nombre total de passagers aériens était en baisse de 93% par rapport au 3 mai 2019.

Trafic passagers aériens Etats-Unis

Source des données

3) Réservations de table sur OpenTable

OpenTable est un service très présent aux Etats-Unis qui permet de réserver en ligne des tables dans des restaurants. Le 3 mai, le nombre de réservations était en baisse de 99% sur un an.

OpenTable réservations

Source des données

4) Fréquentation des hôtels

La fréquentation des hôtels est le dernier indicateur à surveiller pour mesurer la reprise de l’économie américaine. La fréquentation des hôtels aux Etats-Unis est en baisse de 62,2% sur un an aux Etats-Unis. Le taux d’occupation a légèrement augmenté au cours des deux dernières semaines d’avril, mais STR estime que cela provient « de travailleurs essentiels, d’initiatives de logement pour les sans-abri et d’invités sous contrat avec le gouvernement ».

Fréquentation des hôtels Etats-Unis

Coronavirus : Pourquoi le krach boursier est différent des autres ?

En me basant sur les chiffres macroéconomiques de janvier, j’expliquais début février pourquoi une récession en 2020 et un krach boursier étaient peu probables. Le marché de l’emploi américain continuait à créer des nouveaux emplois, le marché du logement explosait et la consommation des ménages restait solide.

Pourtant, l’économie américaine s’est retournée en mars et est vraisemblablement tombée en récession. La faute ? Nous la connaissons tous. La pandémie de coronavirus a immobilisé la Chine, puis l’Europe et les Etats-Unis.

Du jour au lendemain, les entreprises ont dû fermer. Les avions sont restés cloués au sol, les hôtels, les commerces et les restaurants ont fermé et les usines ont arrêté de tourner. Seuls les postes administratifs arrivent encore à travailler à distance.

L’arrêt instantané d’une partie significative de l’économie rend cette crise économique d’une ampleur considérable, unique et très spéciale. En effet, elle devrait être la pire depuis la Grande Dépression des années 30.

Selon des estimations de cabinets, l’économie européenne pourrait se contracter de 20% et les Etats-Unis de 15% au deuxième trimestre. Des chiffres qui rendent la crise de 2008 ridicule. Pourtant, les conséquences devraient être bien différentes, mais nous allons parler ici des raisons qui font cette crise unique et pourquoi la macroéconomie n’était d’aucune utilité pour la prédire.

Un cycle économique qui se termine différemment des autres

Toutes les crises économiques sont de nature différente, mais possèdent des symptômes similaires avant qu’elles provoquent une récession :

  1. Une chute du marché des logements.
  2. Un puissant ralentissement du nombre de créations d’emplois.

Permis de construire

Le marché des logements se retourne plusieurs mois voire plusieurs années avant le début d’une récession. C’est l’indicateur le plus avancé, mais ne permet pas de « timer » les récessions.

permis de construire Etats-Unis

Nombre total d’employés (% chg. sur un an)

Le marché de l’emploi est celui qui coïncide le mieux à l’économie et qui donne le moins de faux signaux. Il a tendance à ralentir drastiquement quelques mois avant le début d’une récession. Il permet de « timer » les récessions de façon assez précise.

Croissance de l'emploi aux Etats-Unis

En plus de ces deux symptômes, nous pouvons éventuellement observer :

  1. Une baisse de la consommation des ménages.
  2. Une baisse des revenus des ménages.
  3. Une récession de la production industrielle.

Comme vous pouvez le constater dans les deux précédents graphiques, les permis de construire n’ont pas chuté et les créations d’emplois restaient importantes. En réalité, les permis de construire ont même atteint un niveau-record dans ce cycle économique en janvier et les créations d’emplois restaient solides (+1,57% sur une année).

Cela s’explique par le fait qu’en février, ni les Etats-Unis, ni l’Europe n’était sous quarantaine. Tout était normal, car les cas de contaminés étaient uniquement recensés en Asie et principalement en Chine. Les Européens et Américains allaient travailler normalement, consommaient normalement, allaient au restaurant et voyageaient. Mais les politiciens ont pris la dure décision d’étouffer l’économie pour ralentir l’épidémie en mars.

Cette décision a fait passer l’activité économique de 100% à peut-être 50% (nous le saurons plus tard). Le graphique qui illustre le mieux l’arrêt brutal de l’activité économique est celui le plus parlé du moment : les inscriptions initiales aux allocations chômage aux Etats-Unis.

Inscriptions initiales aux allocations chômage (série complète)

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis

Cette série actualisée de façon hebdomadaire indique le nombre de demandes d’allocations chômage par des nouvelles personnes. Cette série est passée d’environ 220.000/semaine en février à 3,3 puis 6,6 millions les deux dernières semaines de mars ! Du jamais-vu dans l’histoire des Etats-Unis. Ces deux « spikes » ont eu lieu dès le début des confinements.

A titre de comparaison, le nombre le plus important de nouveaux chômeurs aux Etats-Unis lors de la Grande récession de 2008 était de « seulement » 665.000. La série commençait à augmenter doucement dès février 2006, puis a accéléré en janvier 2008 pour atteindre son niveau le plus important en mars 2009. La hausse s’est faite crescendo contrairement, le plus dur s’est fait ressentir vers la fin de la récession.

Inscriptions initiales aux allocations chômage de 2006 à 2010 :

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis crise financière 2008

A titre de comparaison, voilà ce qui s’est passé ces dernières semaines :

Inscriptions initiales aux allocations chômage de mars 2015 à mars 2020 :

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis 2020

Cette crise est différente, car le plus mal devrait être ressenti au début de la crise, pas à la fin. Les plus importants licenciements se feront probablement en avril, puis baisseront.

Suivre le renouvellement des demandes d’allocations chômage

L’indicateur le plus important à suivre n’est plus les inscriptions initiales, mais le renouvellement des demandes d’allocations chômage. Cette série représente le cumul des sans-emploi qui renouvellent leurs demandes d’allocation. Dès que cette série commencera à diminuer, ce sera la fin de la récession.

Renouvellement inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis

Nous pouvons estimer que la baisse de cette série sera presque aussi rapide que sa hausse. Dès que les confinements seront levés, l’activité économique pourra reprendre. Les bars, restaurants, compagnies aériennes, commerces, etc. embaucheront la quasi-totalité des personnes qu’ils ont licenciées.