Le début d’un nouveau bull-market ?

Les opinions divergent chez les experts sur la vitesse de la reprise économique. Certains tablent sur une reprise en V tandis que d’autres tablent sur une reprise en « aile d’oiseau ».

Malgré ces divergences, il semblerait que l’avenir des marchés boursiers soit déjà scellé. Evidemment, le terme est un peu exagéré, car rien n’est certain en bourse. Néanmoins, deux signaux techniques rares et particulièrement fiables ont récemment signalé le début d’un bull-market (marché haussier). Ces deux signaux sont basés sur ce qu’on appelle la « participation » du marché dans le jargon de l’analyse technique (breadth indicators en anglais).

Les indicateurs de « participation » (également appelés indicateurs d’étendue/de largeur) ne dépendent pas de l’évolution du prix d’un indice boursier, mais des actifs sous-jacents. Les indicateurs de participation les plus connus sont sans doute la ligne d’Avancée/Déclin (Advance/Decline Line) et l’indicateur On-Balance Volume (OBV).

Les signaux provenant d’indicateurs de participation indiquant le début d’un bull-market sont souvent appelés « breadth thrust ». La traduction française « poussée de respiration » n’est pas utilisée à ma connaissance.

Breakaway Momentum – Walter Deemer

Les deux signaux signalant un nouveau bull-market ont eu lieu à quelques jours d’intervalle début juin. Le premier est celui intitulé « Breakaway Momentum », popularisé par Walter Deemer. Le signal haussier est donné lorsque le nombre total d’avancées sur le NYSE a été en moyenne 1,97 fois supérieur au nombre total de déclins pendant 10 séances (en savoir plus sur la configuration).

En d’autres mots, il faut en moyenne deux fois plus d’actions qui avancent chaque jour que d’actions qui reculent sur une période de 10 jours.

Ce signal est rare, car il faut une pression acheteuse importante pendant plusieurs jours et une pression vendeuse faible lors des inévitables séances de replis qui ont lieu sur une période de 10 séances (2 semaines). Depuis 1945, ce signal n’a eu lieu que 24 fois (soit en moyenne une fois tous les 3 ans).

Signal bull-market Breakway momentum Walter Deemer
Source graphique : walterdeemer.com

Comme vous pouvez le constater ci-dessus, ce signal a souvent eu lieu après d’importantes corrections du marché boursier (comme en 2009). Si nous analysons ce signal d’un point de vue quantitatif, nous constatons qu’il était bullish sur tous les horizons de temps, mais en particulier sur le long terme. Après ce signal, le S&P 500 était en hausse 92% du temps un an plus tard et une fois sur deux de plus de 14%.

Etude du signal Breakaway Momentum
Etude réalisée par Valentin Aufrand (Eros-Trading)

McClellan Summation Index

Le second signal technique provient de l’indicateur McClellan Summation Index (Ratio Adjusted). L’indicateur qui a chuté sous -1000 lors du crash du marché en mars a donné un signal haussier de long terme en rebondissant au-delà de +1000 en juin.

L’indicateur McClellan Summation Index est assez complexe à calculer. Pour faire simple, il correspond à la somme des différences quotidiennes entre le nombre d’avancées et de déclins sur le NYSE (en savoir plus sur l’indicateur). Etant donné que le nombre d’actions listées sur le NYSE a bien évolué depuis 1960, l’indicateur est ajusté selon le nombre d’actions listées afin que le signal d’aujourd’hui soit cohérent avec ceux il y a 20, 30 ou 40 ans.

McClellan Summation Index signal bull-market
Source graphique : @mark_ungewitter (Twitter)

Lorsque l’indicateur passait de -1000 à +1000, nous constatons que ce signal était également bullish sur tous les horizons de temps. Lorsque ce signal avait lieu, le S&P 500 était systématiquement en hausse un an plus tard et une fois sur deux de plus de 13%.

Etude McClellan Summation Index
Etude réalisée par Valentin Aufrand (Eros-Trading)

Le point commun de ces deux signaux est qu’ils ont souvent eu lieu après des grosses corrections du marché (=> après des récessions). C’est normal puisqu’un nouveau bull-market est souvent signalé par une très forte poussée de l’ensemble du marché. Les récents signaux invitent donc à adopter des perspectives haussières pour les 6-12 prochains mois.

Remarque

Les indicateurs de participation traitent les actions équitablement, donc les GAFAM n’ont pas de poids supérieur à d’autres dans ces indicateurs. Etant donné qu’il y a actuellement environ 3000 sociétés cotées sur le NYSE, il faut donc un très grand nombre d’actions en hausse pour déclencher les signaux étudiés (pas seulement quelques sociétés).

Conclusion

Pour avoir backtester plusieurs centaines de signaux, les deux que je viens d’énumérer sont probablement ceux qui présentent les meilleurs track records. Les signaux donnent des probabilités de hausse du marché importantes et sur tous les horizons de temps.

Cela dit, il convient de préciser que ce ne sont pas les signaux qui provoquent un bull-market. Ces témoignent seulement d’une très grande poussée du marché, et qui dans le passé se produisaient au début des nouveaux marchés haussiers.

Etant donné que cette crise est tellement différente des autres (elle n’est pas provoquée par une défaillance du système économique ou financier), l’évolution des marchés boursiers dépendra essentiellement de l’évolution de la sanitaire. Une refermeture des économies menacerait évidemment les marchés boursiers d’une nouvelle correction.

Néanmoins, je crois qu’il est préférable de suivre les signaux/les faits, qu’ils soient de nature technique ou macroéconomique, plutôt qu’essayer de deviner ce qui va se passer dans 6 mois. Les marchés se chargent déjà d’anticiper ce qui va se passer ces prochains mois (et le font plutôt bien!).


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Cet article est uniquement à titre d\'information générale et ne vise pas à fournir des conseils ou des recommandations personnalisés. Rien ne garantit que les opinions ou stratégies discutées ici conviennent à tous les investisseurs ou donneront des résultats positifs. Investir comporte des risques, y compris une éventuelle perte de capital. Les prévisions économiques énoncées peuvent ne pas évoluer comme prévu et sont sujettes à changement.

4 Commentaires

  • Bonjour, merci pour cet article très intéressant / dans un précédent post vous mentionnez le fait qu’il est important de prendre en compte le nombre de chômeurs au US vs moyenne à 52 semaines (en complément de la MM200) pour prendre position dans le cadre d’une stratégie simple de suivi de tendance. Je me demandais comment vous considérez la situation actuellement (30m de chômeurs au US). Est-il opportun selon vous de ne pas tenir compte de cet « indicateur » ? D’avance merci ! Bien Cdt,

  • Valentin Aufrand

    Bonjour Patrick,
    La stratégie mentionnée est : achat S&P 500 si le nombre de chômeurs est inférieur à la moyenne à 52 semaines ET/OU le S&P 500 est supérieur à la MM200. Actuellement, cette stratégie suggère d’être à l’achat (car S&P > MM200).
    Sinon concernant les 30 millions de chômeurs aux États-Unis, c’est évidemment un chiffre énorme, mais généralement la meilleure performance du marché est réalisée au tout début d’un nouveau bull-market, lorsque les chiffres macros sont encore médiocres.
    La macro est très utile pour timer l’économie, les récessions et donc les retournements majeurs du marché boursier, mais elle rebondit le plus souvent bien après le marché boursier (sauf 2003). Donc sauf en cas de nouvelle dégradation des fondamentaux, le rebond du marché devrait se poursuivre.
    Valentin

    • Merci intéressant. La situation ici m’interpelle dans le sens où le marché ‘anticiperait’ (comme d’habitude) une reprise refleté dans les prix mais à horizon 4-5 ans plutôt qu’à 1-2 ans je dirais. Flash crack de 2 mois puis reprise haussière fulgurante. Assez inhabituel au regard des crises passées (même 2008 est une crise minime au regard de celle-ci) / si vous avez l’occasion en tant qu’expert de mesurer l’écart des capacités de production des pays en bas de cycle (au moment du retournement haussier du marché) vs le pic précédent, il serait intéressant de voir à quel point le rebond que nous vivons est potentiellement très anticipé. L’écart pourrait s’expliquer par les interventions des banques centrales et gouvernement certainement. L’analyse technique Eliot indiquerait que nous sommes dans la phase 5 du supercycle débute en 1974 pour vivre un mega crack à la fin de celle ci (impossible à timer en revanche bien sûr) / tout ceci pour dire que la situation est difficile je trouve pour décider d’un investissement long terme sur le S&P 500 / en swing c’est différent c’est haussier pas de souci. Merci pour vos nombreux articles en tout cas!

      • Valentin Aufrand

        Oui j’ai également l’impression que le marché anticipe sur plus longtemps que 1 an. Le rallye haussier est inhabituel… à l’image de la violence du crash que nous avons connue en mars. La situation est très délicate, car ces prochains mois, le marché sera essentiellement drivé par l’évolution de la crise sanitaire. Une nouvelle immobilisation de l’économie mondiale et le marché auront de fortes chances de repointer du nez. Ce qu’il faut à tout prix, c’est préserver la chaîne de production mondiale (qui avait été rompue lors du premier confinement).
        Concernant votre décompte Elliottiste, pourquoi l’avoir débuté en 1974 ?

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