Coronavirus : Pourquoi le krach boursier est différent des autres ?

En me basant sur les chiffres macroéconomiques de janvier, j’expliquais début février pourquoi une récession en 2020 et un krach boursier étaient peu probables. Le marché de l’emploi américain continuait à créer des nouveaux emplois, le marché du logement explosait et la consommation des ménages restait solide.

Pourtant, l’économie américaine s’est retournée en mars et est vraisemblablement tombée en récession. La faute ? Nous la connaissons tous. La pandémie de coronavirus a immobilisé la Chine, puis l’Europe et les Etats-Unis.

Du jour au lendemain, les entreprises ont dû fermer. Les avions sont restés cloués au sol, les hôtels, les commerces et les restaurants ont fermé et les usines ont arrêté de tourner. Seuls les postes administratifs arrivent encore à travailler à distance.

L’arrêt instantané d’une partie significative de l’économie rend cette crise économique d’une ampleur considérable, unique et très spéciale. En effet, elle devrait être la pire depuis la Grande Dépression des années 30.

Selon des estimations de cabinets, l’économie européenne pourrait se contracter de 20% et les Etats-Unis de 15% au deuxième trimestre. Des chiffres qui rendent la crise de 2008 ridicule. Pourtant, les conséquences devraient être bien différentes, mais nous allons parler ici des raisons qui font cette crise unique et pourquoi la macroéconomie n’était d’aucune utilité pour la prédire.

Un cycle économique qui se termine différemment des autres

Toutes les crises économiques sont de nature différente, mais possèdent des symptômes similaires avant qu’elles provoquent une récession :

  1. Une chute du marché des logements.
  2. Un puissant ralentissement du nombre de créations d’emplois.

Permis de construire

Le marché des logements se retourne plusieurs mois voire plusieurs années avant le début d’une récession. C’est l’indicateur le plus avancé, mais ne permet pas de « timer » les récessions.

permis de construire Etats-Unis

Nombre total d’employés (% chg. sur un an)

Le marché de l’emploi est celui qui coïncide le mieux à l’économie et qui donne le moins de faux signaux. Il a tendance à ralentir drastiquement quelques mois avant le début d’une récession. Il permet de « timer » les récessions de façon assez précise.

Croissance de l'emploi aux Etats-Unis

En plus de ces deux symptômes, nous pouvons éventuellement observer :

  1. Une baisse de la consommation des ménages.
  2. Une baisse des revenus des ménages.
  3. Une récession de la production industrielle.

Comme vous pouvez le constater dans les deux précédents graphiques, les permis de construire n’ont pas chuté et les créations d’emplois restaient importantes. En réalité, les permis de construire ont même atteint un niveau-record dans ce cycle économique en janvier et les créations d’emplois restaient solides (+1,57% sur une année).

Cela s’explique par le fait qu’en février, ni les Etats-Unis, ni l’Europe n’était sous quarantaine. Tout était normal, car les cas de contaminés étaient uniquement recensés en Asie et principalement en Chine. Les Européens et Américains allaient travailler normalement, consommaient normalement, allaient au restaurant et voyageaient. Mais les politiciens ont pris la dure décision d’étouffer l’économie pour ralentir l’épidémie en mars.

Cette décision a fait passer l’activité économique de 100% à peut-être 50% (nous le saurons plus tard). Le graphique qui illustre le mieux l’arrêt brutal de l’activité économique est celui le plus parlé du moment : les inscriptions initiales aux allocations chômage aux Etats-Unis.

Inscriptions initiales aux allocations chômage (série complète)

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis

Cette série actualisée de façon hebdomadaire indique le nombre de demandes d’allocations chômage par des nouvelles personnes. Cette série est passée d’environ 220.000/semaine en février à 3,3 puis 6,6 millions les deux dernières semaines de mars ! Du jamais-vu dans l’histoire des Etats-Unis. Ces deux « spikes » ont eu lieu dès le début des confinements.

A titre de comparaison, le nombre le plus important de nouveaux chômeurs aux Etats-Unis lors de la Grande récession de 2008 était de « seulement » 665.000. La série commençait à augmenter doucement dès février 2006, puis a accéléré en janvier 2008 pour atteindre son niveau le plus important en mars 2009. La hausse s’est faite crescendo contrairement, le plus dur s’est fait ressentir vers la fin de la récession.

Inscriptions initiales aux allocations chômage de 2006 à 2010 :

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis crise financière 2008

A titre de comparaison, voilà ce qui s’est passé ces dernières semaines :

Inscriptions initiales aux allocations chômage de mars 2015 à mars 2020 :

Nouvelles inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis 2020

Cette crise est différente, car le plus mal devrait être ressenti au début de la crise, pas à la fin. Les plus importants licenciements se feront probablement en avril, puis baisseront.

Suivre le renouvellement des demandes d’allocations chômage

L’indicateur le plus important à suivre n’est plus les inscriptions initiales, mais le renouvellement des demandes d’allocations chômage. Cette série représente le cumul des sans-emploi qui renouvellent leurs demandes d’allocation. Dès que cette série commencera à diminuer, ce sera la fin de la récession.

Renouvellement inscriptions aux allocations chômage aux Etats-Unis

Nous pouvons estimer que la baisse de cette série sera presque aussi rapide que sa hausse. Dès que les confinements seront levés, l’activité économique pourra reprendre. Les bars, restaurants, compagnies aériennes, commerces, etc. embaucheront la quasi-totalité des personnes qu’ils ont licenciées.


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4 Commentaires

  • Hello Valentin,

    Comme vous le dites, cette crise est inédite. Les gouvernements ont fait le choix délibéré de plonger l’économie mondiale dans la récession pour stopper la pandémie.

    Au mois de février, j’avais repéré un phénomène de distribution (pouvant annoncer une correction) mais j’étais à 1000 lieux de penser qu’on aurait un krach… Sur le coup, je pense avoir été trop naïf mais je n’ai pas été le seul. « Ce n’est qu’une grippe », « ça ne touchera jamais la France », « seulement 3000 morts en Chine », etc.

    La situation économique était bonne, si le confinement devait s’arrêter demain, il est probable que l’économie reparte de plus belle. Perso, après ce confinement, je n’ai qu’une envie : quitter mon appartement parisien et consommer : bars, restaurants, week-ends, etc.

    La grande question est combien de temps va durer le confinement/fermeture des frontières ? En attendant, j’accumule du cash, sans vendre mes positions longues…

    Alexandre

    • Valentin Aufrand

      Tout à fait d’accord avec vous.

      Concernant l’ampleur de l’épidémie, je pense que personne ne pouvait prédire qu’elle allait être de cette ampleur. Même des scientifiques et docteurs indiquaient que ce n’était qu’une « grosse grippe »…

      Nous avons eu affaire à un cygne noir (Black Swan). Un événement imprévisible que personne ne pouvait prévoir (à part les fin du mondiste bien sûr).

      Personnellement, je suis curieux de voir le comportement de la population les semaines après le déconfinement. Est-ce que les habitudes de consommation vont changer ? Si oui comment ?

      Valentin

  • Tant que le pic n’est pas à des semaines dans le rétroviseur en ce qui concerne US, UE et CN, il est impossible d’esquisser des scénarios.

    De plus, la croissance que nos économies ont connu était basée essentiellement sur la dette et les QE. C’est pourquoi l’indicateur de mises en chantier n’est pas à prendre en considération comme avertisseur d’un retournement.

    En effet, les trillions injectés artificiellement dans les économies par BCE / FED / BOJ / PBC ont eu pour effet de faire monter beaucoup d’actifs : actions et immobilier notamment, ce qui explique le nombre de mises en chantier qui sans ces océans d’argent serait à des lieues de ces chiffres.

    Ensuite, les montagnes d’argent pour faire face à cette pandémie vont être forcément réparties de façon inadaptée, les grandes entreprises captant l’essentiel (lobbying de celles-ci + facilité de ces politiques), ce qui va mettre au tapis (malgré les mesures prises) beaucoup de TPE et d’indépendants, qui vont eux mêmes licencier, et mettre au tapis directement beaucoup de PME et d’ETI (à CT ou MT) et mettre en difficulté (chute de la demande) indirectement une bonne partie du tissu économique. Bien évidemment une crise de confiance, ou en tout état de cause un esprit attentiste, va émerger incitant très largement beaucoup d’entreprises de toute taille à différer leurs investissements.

    De surcroît, à MT, les états vont être obligés soit de recourir à la dette pour pallier la baisse des recettes, et assumer les endettements liés aux stimulus, ce qui là encore ne peut que nuire à la confiance, ou pire recourir à une hausse des taxes et impôts.

    J’ajoute pour conclure, que l’hypothèse d’une reprise en V me paraît peu probable, car beaucoup d’entreprises vont avoir beaucoup de difficultés à redémarrer à 100% leur appareil industriel, et à gérer les mois transitoires précédant ce redémarrage complet où les coûts structurels seront très élevés au regard des commandes qui seront faibles et en tout état de cause ne couvriront pas ces coûts. Ceci va là encore amener des faillites importantes de société, ou pire obliger les états à remettre 5 à 10 trillions sur la table pour faire tampon avec toutes les conséquences que l’on connait.

    • @Bruno: excellente contre-analyse avec des arguments très solides. En effet, je pense qu’analyser cette crise totalement atypique sous un prisme passéiste me paraît erroné (pour cette crise là), car les sous-jacents n’étaient globalement pas bons au niveau des échanges, des volumes et des indices logistiques qui démontrent qu’une crise latente et plus grave était déjà en gestation. La crise du virus n’étant pas encore terminée, que déjà d’autres problèmes (que vous avez bien cités) se profilent. Une crise de la confiance dans nos modèles économiques à flux tendus à tous les niveaux (commerciaux, mais aussi sociétaux et politiques) devraient surgir. Sous quelles formes, c’est cela qui est très difficile à prévoir. Une seule chose me paraît claire. Les marchés financiers qui sont sous perfusions des banques centrales vivent en vases-clos et n’ont aucun horizon, sauf l’intérêt à très court terme. La déconnexion entre cet univers et l’économie réelle et son corollaire de victimes auront des répercutions sur les sociétés et les gouvernements qui les régissent (selon les principes, pour la plupart, du court-terme) avec une probable déstabilisation dure de ceux-ci, générant une plus grande instabilité à court-terme. Mon évaluation personnelle est qu’une vraiment grosse chute des indices est à prévoir et que cette chute sera probablement à la mesure de ce que nous vivons. Unique. Cordiales salutations. Laurent

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