Analyse de l'économie US -février 2020

Introduction : L’économie est le moteur des bénéfices des entreprises, c’est ce qui tire le marché boursier sur le long terme. Par conséquent, les marchés haussiers coïncident généralement avec les expansions économiques et les marchés baissiers coïncident généralement avec les récessions.

La macro se détériore de temps en temps, ce qui est normal pendant le flux et le reflux d’une expansion économique. Pour différencier les « ralentissements temporaires » des problèmes réels, nous recherchons une détérioration SIGNIFICATIVE de la macroéconomie.

Étant donné que le marché boursier a tendance à se retourner avant le début des récessions, nous devons examiner les indicateurs économiques avancés, qui se détériorent également avant le début des récessions.

Cela ne signifie pas que le sommet exact du marché boursier ne peut pas se produire avant que la macro ne commence à se dégrader. Cela s’est passé en janvier 1973, lorsque le marché boursier s’est retourné quelques mois avant que la situation macroéconomique ne commence à se détériorer.

Cependant, la plus grande partie des marchés baissiers survient toujours après une détérioration importante de la conjoncture macroéconomique.

Analyse de l’état de l’économie U.S. au mois de novembre

Résumé : Le bilan des données macroéconomiques reste positif. Il n’y a actuellement pas de détérioration significative de la conjoncture économique des Etats-Unis. La croissance reste positive mais son rythme ralentit. Une récession en 2020 semble peu probable.

Facteurs positifs pour le moment :

  • Marché de l’emploi
  • Marché de l’immobilier
  • Consommation

Facteurs négatifs pour le moment :

  • Courbe des taux
  • Spread High yield
  • Industrie manufacturière

La courbe des taux se pentifie

Le marché obligataire table sur une croissance continue mais modeste.

Les deux écarts de taux les plus importants (10 ans – 2 ans et 10 ans – 3 mois) sont redevenus positifs en septembre. Depuis 1960, le délai entre l’inversion du 10 ans avec le 2 ans U.S. et le début de la prochaine récession a été long : au moins 7 mois et parfois jusqu’à 2-3 ans.

La courbe des taux s’est inversée quelques jours en août. De ce fait, l’expansion actuelle devrait durer jusqu’en 2019, mais 2020 est dorénavant à risque.

Courbe des taux Etats-Unis février 2020

Depuis septembre 2018, la différence de rendements avec les obligations mal notées s’agrandit, tandis que les marchés boursiers enregistrent des nouveaux records.

L’écartement du spread est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour prévoir les marchés baissiers et les récessions. Dans le passé, cet écart de rendements était haussier avant le début des marchés baissiers et des récessions. Pourquoi ? Parce que les participants du marché obligataire sont généralement plus prudents que ceux du marché boursier.

High yield spread Etats-Unis février 2020

Les ventes au détail stagnent

Les ventes au détail réelles* ont augmenté de 3,5% en décembre sur une année, mais restent inférieures au pic inscrit en août. Dans le passé, les ventes au détail corrigées de l’inflation se contractaient (croissance sur une année négative) avant le début des récessions. C’est un point positif pour la macro.

*Ajustée de l’inflation

Ventes au détail réelles Etats-Unis décembre 2019

Les nouvelles inscriptions aux allocations chômage restent à leur plus bas

Les demandes aux allocations chômage ont atteint leur plus bas niveau en 50 ans en avril (il y a tout juste 11 mois). Depuis, les nouvelles inscriptions aux allocations chômage oscillent proche du plus bas. Au cours des 50 dernières années, elles ont commencé à augmenter au moins 7 mois avant la prochaine récession. C’est un point encore positif, car il n’y a pas de bond des inscriptions aux allocations chômage.

inscriptions aux allocations chômage février

Récent pic des ventes de maisons neuves

Le marché de l’immobilier était préoccupant fin 2018 jusqu’à ce que les ventes de nouveaux logements recommencent à inscrire des nouveaux records en juin grâce aux baisses des taux de la Fed.

Les mises en chantier, les permis de construire et les ventes de nouveaux logements ont progressé en novembre, et sont en hausse de 40%, 6% et 23% respectivement sur une année glissante.

Au cours des 50 dernières années, une moyenne de 28 mois s’est écoulée entre le pic d’expansion des ventes de logements neufs et le début de la prochaine récession.

Jusqu’à présent, le dernier sommet s’est produit en juin, il y a à peine 7 mois, ce qui laisse à penser que la prochaine récession n’est pas proche d’arriver.

Ventes de nouveaux logements neufs

Indice économique avancé du Conference Board inchangé

L’indice du Conference Board composé d’indicateurs économiques avancés (LEI) de décembre est ressorti en baisse de 0,3% comparé au chiffre révisé de novembre à 111,5.

Cet indice comprend les indicateurs ci-dessus ainsi que l’évolution du S&P 500, des nouvelles commandes ISM, des heures de travail dans le secteur manufacturier ainsi que la confiance des consommateurs.

« Le LEI a légèrement diminué en décembre, sous l’effet de fortes contributions négatives de la hausse des demandes d’allocations chômage et d’une baisse des permis de construire. »

« Le LEI a maintenant baissé quatre fois au cours des cinq derniers mois. Son taux de croissance semestriel est devenu un peu plus négatif au dernier trimestre 2019, à cause des indicateurs manufacturiers pointant vers une faiblesse persistante du secteur. Cependant, les conditions financières et les perspectives économiques des consommateurs restent positives, ce qui devrait soutenir une croissance d’environ 2% jusqu’au début de 2020 ».

Ataman Ozyildirim, directeur principal de la recherche économique du Conference Board.

Cet indice peut légèrement baisser pendant une expansion, mais au cours des 50 dernières années, le dernier sommet a eu lieu au moins 7 mois avant la prochaine récession et la variation sur 6 mois de la moyenne à 6 mois du LEI était négative avant la prochaine récession.

Cela fait 6 mois que le LEI a inscrit son sommet et la variation à 6 mois de la moyenne à 6 mois du LEI était de 0,1%, ce qui ne suggère pas de récession.

Indicateur avancé LEI Etats-Unis janvier 2020

Pourquoi est-ce important pour les marchés boursiers?

Les indices boursiers sont également des indicateurs en avance sur la prochaine récession, mais les indicateurs macroéconomiques susmentionnés s’affaiblissent encore plus tôt que le marché. Ils permettent entre autres de distinguer une correction de 10-20% d’un long marché baissier.

Dans l’ensemble, ces indicateurs suggèrent qu’une récession au premier semestre 2020 est peu probable, mais qu’une récession en fin 2020 est une possibilité.

Bilan macroéconomique février 2020

Passons maintenant en revue les données les plus récentes, en nous concentrant sur cinq grandes catégories: le marché du travail, la consommation, l’industrie manufacturière, le marché immobilier et l’inflation.

Marché du travail

La croissance de l’emploi ralentit, mais ne montre pas de signe de dégradation majeure.

Emplois

L’économie américaine a créé 225 000 emplois en janvier (nets – hors secteur agricole) plus les 7 000 révisions nettes des deux mois précédents (novembre et décembre).

Les impressions NFP mensuelles sont volatiles. Depuis les années 1990, les publications du NFP proches de 300 000 (comme en janvier 2019) ont été suivis par des publications proches ou inférieures à 100 000 (comme en mai 2019). C’est un phénomène normal dans marché boursier haussier.

Les NFP mensuels étaient même parfois négatifs comme en 1993, 1995, 1996 et 1997, mais rebondissaient les mois d’après. Autrement, c’était des signaux de récession.

NFP depuis 1990

A cause de la volatilité du NFP, il est préférable de regarder sa tendance. En janvier, la croissance de l’emploi était de +1,4% sur 12 mois glissants alors qu’elle était supérieure à 1,5% jusqu’en janvier 2019.

Historiquement, la croissance de l’emploi a tendance à chuter plusieurs mois avant le début d’une récession.

Croissance de l'emploi aux Etats-Unis janvier 2020

Une autre façon d’analyser le marché de l’emploi est via les inscriptions aux allocations chômage.

Les inscriptions aux allocations chômage mesurent le nombre de personnes ayant demandé à recevoir des prestations de chômage.

En d’autres termes, cela mesure le nombre de personnes récemment au chômage. Cet indicateur économique poursuit sa tendance latérale. Dans le passé, les inscriptions aux allocations chômage avaient tendance à bondir avant le début d’une récession. Cet indicateur est donc toujours un point positif pour la macro, mais attention au cours des prochains mois au cas où les demandes augmenteraient, car elles sont très faibles en ce moment.

inscriptions hebdomadaires allocations chômage février 2020

Les bénéficiaires réguliers de l’allocation chômage mesurent le nombre de personnes qui renouvellent leurs demandes d’allocations chômage.

Cet indicateur économique poursuit sa tendance latérale. Dans le passé, le nombre de bénéficiaires réguliers avait tendance à augmenter avant le début d’une récession. C’est toujours un point positif pour la macro, mais attention au cours des prochains mois au cas où ils augmenteraient, car le nombre de bénéficiaires est également très faible en ce moment.

renouvellements inscriptions allocations chômage février 2020

Salaires

La croissance réelle du salaire horaire moyen a été de 1% sur un an en novembre. Le taux de février à 1,9% était le plus élevé depuis 2015. Le rythme a donc ralenti depuis le début de l’année.

C’est une tendance positive, qui montre un marché de l’emploi en bonne santé avec une demande pour plus de travailleurs. Une accélération soutenue des salaires constituerait un grand avantage pour la consommation des américains et les investissements, ce qui alimenterait l’emploi.

Croissance des salaires réels Etats-Unis janvier 2020

Dans le même temps, l’indice des coûts de la main d’oeuvre a légèrement diminué au T4 2019 par rapport au T3 (+2,96% vs +2,98% sur une année), mais est proche du niveau le plus élevé au cours des 10 dernières années.

Indice coût de la main d'oeuvre aux Etats-Unis T4 2019

Un indicateur particulièrement intéressant créé par la Fed est le KC Fed Labor Market Conditions Index, Momentum Indicator.

Une valeur positive indique que les conditions du marché du travail sont supérieures à leur moyenne à long terme, tandis qu’une valeur négative signifie que les conditions du marché du travail sont inférieures à leur moyenne à long terme.

L’indicateur tombe généralement sous 0 avant le début d’un récession. Ce n’est pas le cas aujourd’hui (dernière valeur en décembre 2019).

KC Fed Labor Market Conditions Index, Momentum Indicator décembre 2019

Consommation des ménages

La consommation des ménages reste un point positif pour la macro

En excluant du PIB les variations dues aux stocks, on obtient les « ventes finales réelles ». C’est une meilleure mesure de la croissance de la consommation que le PIB. Au quatrième trimestre, sa croissance a accéléré à 2,7% en glissement annuel contre 2,2% au T3.

Croissance des ventes au T4 2019

La composante « dépenses de consommation personnelle réelle » du PIB (PCE réel), qui représente environ 70% du PIB, a légèrement accéléré à +2,6% sur un an au quatrième trimestre.

Le PIB mesure les dépenses totales de l’économie. Une autre mesure est le RIB (revenu intérieur brut), qui mesure le revenu total dans l’économie. Comme chaque dépense produit des revenus, ce sont des mesures équivalentes de l’économie.

La croissance du RIB a ralenti à 1,8% sur un rythme annuel au troisième trimestre 2019 (contre 2,0% au T2).

Revenu intérieur brut Etats-Unis novembre 2019

La croissance des ventes au détail réelles* a ralenti à 1,3% en novembre sur une année. Les ventes ont eu tendance à chuter plus d’un an avant la dernière récession. La contraction en décembre dernier est donc un signal d’alerte pour l’économie américaine.

ventes au détail réelle décembre 2019

Prévisions du PIB du T1 2020

Merrill Lynch+1,0%
NY Fed Nowcasting Report+1,7%
Fed d’Atlanta (GDPNow)+2,7%

Ces estimations suggèrent que la croissance du PIB réel se situera entre 1,0% et 2,7% en rythme annualisé au premier trimestre 2020.

Industrie manufacturière

Le ralentissement économique est le plus visible dans l’industrie manufacturière.

Tout d’abord, il est important de noter que le secteur manufacturier représente moins de 10% de l’emploi aux États-Unis. Ces mesures sont donc de moindre importance.

Part des emplois manufacturiers dans le marché de l'emploi US

La production industrielle s’est contracté de 1,0% sur une année en novembre. La composante de production la plus importante (qui exclut l’industrie minière et de l’extraction de pétrole et de gaz – ligne rouge) s’est contracté de 1,3% sur une année.

production industrielle décembre 2019

La production industrielle est officiellement tombée en récession en septembre. La production industrielle est une série volatile, avec une croissance annuelle négative pendant certains moments sans causer de récession comme en 2014 et 2016. Cela dit, ce signal est un facteur négatif de l’économie U.S.

Marché immobilier

Les indicateurs du marché du logement ne montrent pas de détérioration significative pour le moment.

Les nouveaux logements vendus se sont élevées à 694 000 en décembre, en hausse de 23% sur une année. Dans ce cycle économique, les ventes ont atteint un sommet à 729 000 en juin. Historiquement, ces ventes commençaient à se replier en moyenne 28 mois avant la prochaine récession.

Evolution ventes de logements neufs

Les mises en chantier et les permis de construire ont atteint un sommet dans ce cycle économique en décembre et novembre respectivement. Ils sont ressortis en hausse de 40% et 6% respectivement sur une année en décembre.

Inflation

L’inflation est un facteur positif de la macroéconomie.

Malgré la stabilité de la consommation l’inflation de base reste à l’objectif de 2% fixé par la Fed.

L’IPC (ligne bleue) était de 2,3% le mois dernier. L’IPC de base (plus important ; ligne rouge) a également augmenté de 2,3% sur une année.

inflation IPC décembre 2019

La Fed préfère utiliser les dépenses de consommation personnelles (PCE) pour mesurer l’inflation. L’indice PCE total et de base étaient de 1,6% et 1,6% en décembre sur une année.

inflation PCE décembre 2019

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Un commentaire

  • Belle analyse des indicateurs économiques !

    J’ai un peu le même avis que vous, les marchés ne montrent pas de signaux de faiblesses. Le coronavirus n’a même pas fait flancher les indices US (à mon grand dam). Et tous les indicateurs économiques sont au vert.

    Bref aucune raison de vendre les indices à moyen terme.

    Alexandre

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